La communauté juive du Maroc célèbre la Hilloula du Rabbi Amram Ben Diwan

Le 14 mai, des centaines de juifs marocains ont célébré la Hilloula au mausolée de Rabbi Amram Ben Diwane à Asjen.

Ce dimanche, des centaines de pèlerins juifs du Maroc et de l’étranger ont afflué au mausolée de Rabbi Amram Ben Diwane situé à Asjen dans la province d’Ouazzane pour célébrer la Hilloula, fête annuelle dédiée dans la tradition juive aux saints enterrés au Maroc. Chaque année, les divers sanctuaires du Royaume accueillent plus de 2.000 personnes venant des quatre coins du monde pour célébrer le pèlerinage de la Hilloula.

Pour l’anniversaire du décès du Rabbi, une cérémonie a été organisée par le Conseil des communautés juives au Maroc, en présence de Jamal Attari, gouverneur de la province d’Ouazzane, du conseiller royal André Azoulay et du secrétaire général du Conseil des communautés israélites du Maroc, Serge Berdugo, entre autres.

Anat Levi Cohen
.jpost.com

Le Rabbi Amram Ben Diwan est l’un des plus importants saints de la tradition juive. Il est décédé en 1782 à Asjen. Sa tombe se trouve au milieu d’une oliveraie de plusieurs hectares composée de milliers de plants. Seuls les juifs ont le droit d’y accéder et y célèbrent chaque année la Hilloula.

Le pèlerinage vers la tombe de Rabbi Amram Ben Diwane est un moment de recueillement, mais aussi de rencontre pour les participants. Il traduit l’attachement de certains juifs au Maroc. Pour l’occasion, des bougies ont été allumées dans tous les espaces du mausolée “dans une ambiance empreinte de recueillement et de dévotion et marquée par des chants et des prières”, selon l’agence MAP.

Anat Levi Cohen
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Le pèlerinage de Lag Ba Omer, la Hilloula, est l’une des traditions les plus chères à la communauté juive, d’autant plus qu’il symbolise une des manifestations religieuses les plus originales du judaïsme marocain, avec le culte des saints qui trouve son origine séculaire dans l’influence arabo-musulmane des Marabouts“, souligne Serge Berdugo.

Qui est Rabbi Amram Ben Diwan ?

Rabbi Amram Ben Diwan naquit à Jérusalem. Plus tard, il s’installa à Hébron. En 5523 (1743), il fut choisi par les Rabbins de Hébron, comme émissaire au Maroc avec pour mission de collecter de l’argent pour les Yéchivot de la Terre Sainte. Il choisit de s’établir à Wazan, au Maroc. Il y fonda un Talmud-Torah, et une Yéchiva où de nombreux disciples venaient étancher leur soif d’étude en s’abreuvant à la source de ses paroles.

Rabbi Amram s’attacha à ses élèves. Son affection paternelle créa un lien solide entre le maître et les élèves. Il subvenait à tous leurs besoins matériels, et les dirigeait spirituellement sur la voie qui mène à l’accomplissement de la volonté de D.ieu. Par ses activités riches et variées, il contribua à l’élévation et la propagation de la Torah dans toutes les communautés du Maroc.

Après un long séjour de dix ans au Maroc, Rabbi Amram éprouva une grande nostalgie pour la Terre d’Israël. Il interrompit son saint travail. Les élèves, auxquels il avait enseigné la Torah, étaient devenus eux-mêmes, au cours des années, de grands érudits. Il décida alors de retourner en Terre Sainte. Lorsqu’il arriva à Hébron, il se lia d’amitié avec les Rabbins de la ville, Rabbi ‘Haïm Bagoyo et Rabbi Avraham Guidélia. Ensemble, ils étudièrent la Torah, en pénétrant tous ses merveilleux secrets, et gravissant de jour en jour les échelons de la perfection dans l’étude et dans le service divin. Cependant, le séjour de Rabbi Amram à Hébron fut de courte durée. Un fâcheux événement fut la cause de son départ l’obligeant à reprendre le bâton de pèlerin, et à retourner au Maroc. A cette époque, les juifs n’étaient pas autorisés à pénétrer dans le caveau des Patriarches. Mais, pour Rabbi Amram, cette interdiction ne calma en rien son désir ardent de vouloir prier sur la tombe de nos Patriarches. Il se déguisa donc en arabe, et sans se faire remarquer, il pénétra dans le caveau avec le reste des musulmans qui venaient aussi y prier.

Le visage noyé de larmes, il murmura des prières, suppliant le Créateur du monde de précipiter la délivrance finale. Nul ne se doutait, que le « musulman », si absorbé dans sa prière, n’était autre qu’un juif. Soudain, alors que Rabbi Amram s’apprêtait à sortir, un arabe l’aperçut et le reconnut. Aussitôt, il courut chez le Pacha, et l’informa du délit. Rabbi Amram encourait une lourde peine pour un tel sacrilège. Un serviteur du Pacha, ami de Rabbi Amram, se dépêcha d’avertir celui-ci que le Pacha avait l’intention de l’arrêter. Au milieu de la nuit, Rabbi Amram accompagné de son jeune fils, Rabbi ‘Haïm quitta son domicile. Il craignait de retourner à Jérusalem et dans les pays voisins car à cette époque le pouvoir turc s’étendait sur plusieurs pays. Il décida donc de retourner au Maroc. Dès son arrivée à Fès, les habitants de la ville l’accueillirent avec de grands honneurs et chacun des notables se disputait le mérite de l’avoir pour hôte. Il fut donc reçu par Rabbi Ménaché Ibn Denan, un des dirigeants de la communauté de Fès. On raconte que Rabbi Ménaché n’avait que des filles, et une autre fille naquit. Rabbi Amram lui conseilla de la nommer Fédina, qui signifie « nous avons terminé », c’est-à-dire nous avons fini d’enfanter des filles. Et c’est ainsi qu’après cette fille, Rabbi Ménaché n’eut que des garçons.

Peu de temps après son arrivée à Fès, Rabbi Amram et son fils Rabbi ‘Haïm firent une tournée dans toutes les villes du Maroc afin de propager l’enseignement de la Torah. Il arriva à Séfrou, et il fut hébergé par la famille Elbaz. Cette famille n’avait pas d’enfant, et ils lui demandèrent une bénédiction pour avoir un fils. Rabbi Amram les bénit et leur promit que l’année suivante, à cette même période, la femme donnerait naissance à un fils qui sera un grand érudit dans la Torah. La bénédiction du Tsadik se réalisa. Le fils qui naquit chez la famille Elbaz fut nommé sur le nom du Tsadik : Amram. Par la suite, le nom de Rabbi Amram de Séfrou fut célèbre comme Gaon et grand érudit dans la Torah. Alors que Rabbi Amram se trouvait chez la famille Elbaz de Séfrou, son fils Rabbi ‘Haïm tomba gravement malade. Les médecins ne lui donnaient aucune chance de guérir. Rabbi Amram pria le Créateur du monde de prendre son âme à la place de celle de son fils. Son fils, Rabbi ‘Haïm guérit de sa maladie. Ils continuèrent leur voyage dans toutes les villes du Maroc et lorsqu’ils arrivèrent à Wazan, Rabbi Amram tomba gravement malade. Peu de temps après, il rendit son âme à son Créateur. La tombe de Rabbi Amram devint un lieu de pèlerinage pour tous les juifs du Maroc.

Chaque année, à Lag Baomer, des milliers de juifs venaient à Wazan, pour un pèlerinage sur la tombe du Saint. On raconte de nombreux miracles qui s’accomplirent sur sa tombe. Des malades sans espoir de guérison, guérissaient; des aveugles retrouvaient la vue, des muets retrouvaient la parole, des paralysés s’en retournaient chez eux à pied et des femmes stériles enfantaient après avoir prié sur sa tombe. On raconte qu’un sergent français avait un fils qui resta paralysé après une grave maladie. Ce sergent avait un ami juif, qui lui conseilla de prendre son fils sur la tombe de Rabbi Amram Ben Diwan à Wazan.

Au début, le sergent sceptique refusa puis il promit si un miracle se produisait, et que son fils guérissait, qu’il ferait construire de son propre argent une route qui faciliterait l’accès au tombeau du Tsadik. Le miracle s’accomplit … Dès que son fils s’approcha de la tombe de Rabbi Amram, il guérit. Le père heureux tint sa promesse, et construisit une route qui mène à la tombe de Rabbi Amram. Son fils, Rabbi ‘Haïm Ben Diwan continua l’oeuvre de son père, il voyagea de ville en ville dans le but d’enseigner la Torah. Il mourut âgé, et repose dans le village d’Anranz au sud de Marrakech. Sa tombe devint aussi un lieu de pèlerinage pour tous les juifs.