Les mellahs : Histoire des quartiers juifs au Maroc. Un Film de Jamal Soussi

«Mellah». Ce mot vous parle-t-il ? Synonyme de ghetto pour juifs marocains pour les uns, de tolérance et de dialogue interreligieux pour d’autres, ces quartiers très riches par l’histoire et les leçons de vie sont de plus en plus délaissés, à en croire les témoignages de leurs anciens et actuels habitants.

Un peu d’histoire…

D’où vient l’expression « Mellah« , terme qu’on emploie dans les villes d’Afrique du Nord pour désigner les quartiers juifs ?
Il y a polémique, parce que beaucoup d’historiens ont des avis divergents. L’opinion la plus répandue vient probablement de son étymologie. Mellah se rattache au mot « Mlah » qui signifie « sel » à la fois en arabe et en hébreu, parce que beaucoup de juifs à l’époque faisaient commerce du sel. Par extension, Mellah désigna le lieu où l’on conservait le sel, et donc l’endroit où habitaient les juifs.

Le quartier juif du Mellah de Rabat est de création relativement récente, puisque ce n’est qu’en 1808, sous le règne du sultan Moulay Slimane que les juifs furent contraints d’habiter ce quartier qui leur était réservé, au-dessus des falaises donnant sur le Bou Regreg. Auparavant, ils étaient plutôt établis quartier El Beheira, dans le haut de la rue des Consuls, là où se situait l’activité économique du négoce. A cette époque, il y avait environ 6000 juifs à Rabat, très influents dans le commerce et l’administration du port. Les exodes des juifs de Rabat furent nombreuses au cours des siècles.

Actuellement, pratiquement plus aucun juif habite le Mellah de Rabat. L’exode des juifs la plus importante, fut celle des années 1950 vers Israël. A cette époque, il y avait plus de 350 000 juifs au Maroc. En 2019, moins de 200 juifs vivraient à Rabat, selon les chiffres du Conseil des Communautés israélites du Maroc.
C’est (notamment) parce qu’il s’était opposé au gouvernement de Vichy, qui voulait réserver aux juifs marocains le même sort qu’aux juifs français, que S.M. Mohammed V fut fait Compagnon de la Libération par le Général De Gaulle. Le Sultan Sidi Mohammed perpétuait ainsi la tradition qui faisait du souverain marocain, le protecteur des sujets marocains juifs.
A vrai dire, les juifs n’étaient pas citoyens à part entière mais avaient le statut de dhimmi. En terre d’islam, ce statut était imposé à tous les peuples de religion monothéiste refusant de se convertir à l’Islam. En échange de ce statut, le dhimmi bénéficiait de la protection du sultan mais devait s’acquitter d’une taxe la « jizya » (ou djizia).

Le judaïsme marocain par rapport aux autres pays arabes, a toujours joui d’une large autonomie culturelle accordée par la plupart des sultans Marocains, ce qui en fait une exception dans les pays musulmans. Depuis 2011, « l’affluent hébraïque », est reconnu en ces termes dans le préambule de la Constitution marocaine de 2011, au même titre que les affluences africaines, andalouses et méditerranéennes.

Le Mellah de Rabat a fait l’objet d’un plan de réhabilitation depuis 2018 qui l’a transformé, au moins dans son artère principale (la rue du Mellah) et sur sa façade maritime extérieure. Ce quartier est devenu un des lieux les plus agréables à visiter de la médina. Balade à faire depuis Bab Chellah ou depuis la désormais magnifique rue Oukassa.